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02/11/2021

Dr Gilles Ollivier « Nous sommes attractifs pour les médecins ! »

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Pas d'obstacle structurel à la hausse de la démographie médicale mayennaise ! Gilles Ollivier, généraliste lavallois et président de l'Ordre des médecins de la Mayenne est convaincu qu’il s’agit avant tout d’un défi de communication collectif. Les initiatives isolées ne fonctionnent pas. Libéraux, hôpitaux, Ordre des médecins, Département et Agence régionale de santé (ARS) détiennent ensemble la clef de la réussite.

 

Quel est l'état des lieux sur la démographie médicale en Mayenne ?

175 médecins exercent aujourd'hui en libéral sur le territoire départemental. Leur moyenne d'âge est de 52,5 ans. Même si je m'insurge contre l'usage de l'expression « désert médical », je ne me voile pas la face. Ce n'est pas suffisant et il faut agir. Le chiffre de 10,2 % de Mayennais de plus de 17 ans n'ayant pas de médecin traitant, même s'il correspond à la moyenne nationale, agit pour nous comme une piqûre de rappel. Nous savons aussi que la charge (NDLR : la patientèle prise en charge) assumée par les médecins mayennais est élevée. C'est un bon point car cela contribue à l'équilibre de l'offre de soins. Mais au regard de l'âge moyen de nos médecins, ce constat nous oblige à la réactivité. Enfin, pour équilibrer le propos, il faut noter les progrès récents. La démographie médicale de 2020 a été marquée par un solde positif : 14 généralistes installés pour 9 départs. Ce n'était pas arrivé depuis 2008.

Et du côté des médecins spécialistes ?


Le constat est aussi mitigé. D'un côté, grâce à l'arrivée de nouveaux médecins, la tendance est positive dans plusieurs services. Je pense à l'urologie, qui a accueilli quatre nouveaux médecins en six ans. On peut aussi évoquer la cardiologie et la diabétologie, réputées aujourd'hui pour leur service de pointe. La néphrologie (traitementdesmaladiesdurein) etlapédiatrieontaussibénéficié de renforts. Il reste encore des services en difficulté, je pense notamment à la pneumologie. Les spécialistes libéraux peuvent aussi faire défaut. Chacun pense sans doute aux orthodontistes.

Comment analysez-vous les causes du manque de médecins ?

Elles sont de plusieurs natures. Il faut d'abord évoquer une cause structurelle, liée au découpage territorial. Chacun sait qu'en matière de soins hospitaliers et de suivi par les spécialistes, le sud de Laval est tourné vers Angers et le nord- ouest du département est tourné vers Rennes. Cela illustre la situation du département, à la limite de deux régions sanitaires. Ce découpage attendus. Cela aurait pu se traduire par davantage de jeunes médecins formés. Mais nous n'avons rien vu venir. Enfin, il y a une raison plus symbolique : le déficit d'image de marque du département, en passe d'être comblé grâce à la mobilisationdenombreuxacteurs.

Comment voulez-vous convaincre les médecins qu'ils seront heureux en Mayenne ?

Les médecins libéraux sont nos premiers ambassadeurs. Et ils s'investissent, notamment via les maîtrises de stage dont ils ont la charge (stages internés à l'issue des six ans d'études, avec un passage par la médecine générale). Entre 2018 et 2020, 55 % des médecins nouvellement installés sur le territoire y étaient déjà venus en stage. La maîtrise de stage améliore donc la perception du département, fait connaître ses atouts géographiques, culturels, économiques... et démontre notre attractivité réelle. Le Département accompagne ce un temps convivial avec des médecins parisiens à l'Espace M de la Tour Montparnasse (aujourd’hui M Paris). La crise sanitaire nous contraint à retarder l'événement. Nous croyons en son potentiel. Une personne peut suffire à en convaincre cinquante et cette rencontre peut, à moyen terme, porter ses fruits.

 

En dehors de cette communication, quels autres leviers possédez-vous pour pallier plus directement le manque de médecins ?

 Nous pouvons agir de plusieurs manières : une piste consiste à former plus d'infirmier(es) en pratiques avancées, aptes à servir de relais aux généralistes pour des pathologies répandues et chronophages, comme le diabète ou l'hypertension. Ce n'est pas une formule miracle. Elle requiert deux années de formation supplémentaires. Quatre candidates sont actuellement en formation. Dans le milieu hospitalier, les trois composantes (Mayenne, territorial nous porte préjudice car la réalité administrative ne nous autorise pas à accueillir des internes de la région Bretagne. On peut ensuite évoquer la formation. Cela fait des années que nous avertissons l'ARS sur le déficit à venir et la nécessaire ouverture du numerus clausus, proportionnellement aux départs mouvement en allouant une aide financière aux jeunes installés et une aide aux internes stagiaires de 300 euros par mois, plafonnée à 1 800 euros. Pour ce qui dépend directement du Conseil de l'ordre des médecins mayennais, nous avions prévu d'organiser, en lien avec le Département, Laval et Château-Gontier) du groupement hospitalier de territoire doivent impérativement travailler ensemble et mutualiser leurs moyens, tout en comptant sur des apports de temps partagé avec le CHU d'Angers. La médecine généraliste doit miser sur des projets attractifs, comme celui qui doit émerger  en 2022 autour de Port-Brillet, Saint-Pierre-la-Cour, Loiron et Le Genest-Saint-Isle. Quatre jeunes médecins y formeront une équipe sur deux pôles, profitant des structures existantes et d'un accompagnement au lancement des communes desservies.

« Il ne faut pas devenir attractif mais montrer que nous le sommes déjà ! »

Enfin, pour optimiser l'accès aux soins et la qualité de vie au travail des médecins, nous lançons, sur le modèle de la permanence soir et week-end (116-117), un service d'accès aux soins en journée, basé sur une régulation d'appels dans la journée, assurée par un médecin qui écoute, accueille et oriente.

Les pôles santé, comme ici à Mayenne, sont attractifs pour les jeunes médecins.

Que ce soit l’aide financière de 2000 € accordée aux élèves de première année d’étude en santé ou la présence au congrès des internes en médecine, comme ici à Tours en 2019, le Département de la Mayenne multiplie les initiatives pour favoriser l’installation de jeunes médecins sur son territoire.

Type éditorial