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06/12/2018

Michel Lévy-Provençal : "Notre monde change"

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Michel Lévy-Provençal est un spécialiste de la transformation numérique de nos sociétés. Il décrypte pour lamayenne.fr ces changements et  les adaptations nécessaires à réaliser.

Entre aujourd’hui et 2030, nous allons vivre une révolution technologique, économique, sociale et politique exceptionnelle. Cette transformation sera bien plus radicale que celle des trente dernières années. Cette promesse se nourrit de la démocratisation massive des technologies, du développement croissant de l’économie du partage et de la société du sens, de la diffusion instantanée et planétaire des savoirs et de la capacité croissante de connexion. La grande majorité des êtres humains pourront prendre part à cette mutation. Trois milliards d’individus ont rejoint le réseau mondial en vingt ans, trois milliards supplémentaires devraient s’y connecter en deux fois moins de temps, à l’horizon 2030.
Cela nous permettra de nous regrouper en communautés puissantes et actives sur le réseau. A tel point que dans la décennie qui vient, nous aurons un pouvoir d’action individuel aussi important que celui des grands patrons d’industrie, il y a un siècle, ou des rois et des reines, il y a un millénaire. Cette opportunité unique nous confère une responsabilité immense. A l’échelle d’un département, cette responsabilité consiste à d’abord garantir l’égalité des chances face au numérique. Connectivité, formation et agilité forment le triptyque fondamental pour permettre cette transition.

Qu’est-ce que la révolution numérique ?

La révolution que le mobile a provoquée dans nos vies quotidiennes n’est qu’un aperçu des innovations radicales qui transformeront le monde dans les dix prochaines années. Robotique, intelligence artificielle, impression 3D, nanotechnologies et biotechnologies sortent d’une longue période d’évolution silencieuse pour atteindre un point de bascule. Cette transformation va toucher tous les domaines dans les dix prochaines années : l’environnement, l’énergie, l’éducation, la santé, la sécurité, la nutrition, la pauvreté, les transports, la gouvernance… 

Quels impacts sociologiques peut avoir l’avènement de la révolution numérique sur nos vies ?

Le secteur de la santé va se transformer. Télémédecine, diagnostic par intelligence artificielle, séquençage de l’ADN, médecine régénérative, thérapies géniques vont radicalement augmenter notre espérance de vie. Les populations vivront en meilleure santé, plus jeunes et plus longtemps, modifiant la structure économique et sociale de nos sociétés. 
Les méthodes éducatives s’inspireront des avancées en neurosciences et en sciences cognitives. Nos élèves, mais aussi les actifs, se formeront plus facilement, plus longtemps, plus efficacement, grâce à l’accès massif aux programmes en ligne des plus grandes universités mondiales. Ils coopéreront à l’échelle globale avec d’autres apprenants, aux quatre coins du globe et bénéficieront d’un accompagnement adaptatif et personnalisé assuré par des algorithmes et des réseaux de neurones entraînés pour optimiser le processus d’acquisition des compétences. 
Nos villes et nos campagnes changeront d’échelle et de visage. Nos moyens de transport seront autonomes et partagés. Ils auront bénéficié de la révolution verte, n’émettront plus de carbone. Ils seront plus sûrs, car beaucoup moins sensibles aux psychotropes, à la fatigue et à l’inattention que nous, humains, au volant. Une étude de PwC, datant de 2014 prévoit que la démocratisation des véhicules autonomes diminuera d’un facteur 10 le nombre de voitures sur nos routes. L’impact de ce phénomène sur l’allure de nos cités sera radical : plus d’espaces verts, moins de bruit et de pollution, plus d’habitations… 
L’avènement de la réalité virtuelle
multi-sensorielle remettra en question les longs trajets coûteux en temps et en énergie. Le télétravail bénéficiera de cette avancée technologique et transformera les habitudes des actifs, modifiant les flux des déplacements quotidiens et provoquant un retour vers les zones rurales, à condition que ces dernières se dotent des moyens techniques adéquats.

Pourquoi n’avons-nous pas d’autre choix que de monter dans le train de la révolution numérique ?

Monter ou non dans le train de cette révolution n’est plus une question. C’est une obligation quasi morale. Ne rien faire, c’est prendre la responsabilité de déclasser socialement, culturellement, économiquement, de façon radicale et définitive la génération de nos enfants.
Le monde dans lequel nous sommes entrés évolue si rapidement que les connaissances d’un jeune diplômé sont quasi obsolètes le jour de son entrée dans la vie active. En tant que dirigeant d’entreprise, en tant que responsable politique, médecin, chercheur, professeur, agriculteur, simple citoyen, cette accélération exponentielle de la transformation du monde est une donnée-clé qu’il est absolument interdit d’ignorer. 

Quels sont les écueils à éviter ?

De minimiser le rôle de l’éducation tout au long de la vie. C’est une nécessité absolue et le numérique la solution pour y parvenir. Les modèles d’analyse, de compréhension et de prévision des phénomènes qui nous entourent seront transformés par la connectivité, les mégadonnées et l’intelligence artificielle. Elles nous permettront de changer profondément la nature et l’étendue de notre connaissance du monde. Se couper de cette chance est une faute politique grave. Comparé au 20e siècle, cela condamnerait la génération future à vivre dans les conditions d’un pays sous-développé face au monde occidental. 

Comment tirer le meilleur profit des technologies au service du bien commun ?

Notre époque bruisse de la même inventivité, des mêmes aspirations d’émancipation et de progrès qu’à l’époque de la Renaissance. Et la décennie qui vient sera une période de très grande mutation, avec la force transformatrice de plusieurs Gutenberg simultanés. Deux milliards d’emplois seront à réinventer dans le monde, près de trois millions en France. Cette perspective est exaltante, car elle promet de contribuer à résoudre de nombreux défis auxquels l’humanité fait face. Le partage favorise l’économie 
collaborative, circulaire, inclusive et augmente l’ingéniosité collective. Les modèles économiques basés sur la contribution et le partage n’ont jamais connu une telle croissance. 
A tel point que les experts, économistes et prospectivistes les plus reconnus s’accordent à dire que nous sommes entrés dans une « société du sens », fondée sur des énergies individuelles décuplées par la puissance du réseau
planétaire.

Type éditorial